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Afrique de l’Ouest : quel futur pour les zones cotieres ?

Partout dans le monde, les ecosystemes cotiers sont soumis a des pressions intenses, provoquees par une activite humaine incessante, des tendances climatiques changeantes et implacables, des phenomenes meteorologiques extremes ; citons a titre d’exemple les submersions marines, prevues pour augmenter jusqu’a 50 fois par rapport aux valeurs actuelles. Les pays tropicaux, comme ceux de l’Afrique de l’Ouest, sont particulierement exposes.

La comprehension et la gestion de ces interactions complexes, parfois catastrophiques, necessitent une approche interdisciplinaire. C’est dans ce cadre que nous avons choisi de conduire nos recherches en integrant diverses variables – la croissance demographique, le developpement economique, la qualite de la gouvernance, l’evolution technologique et le developpement des infrastructures.

L’exemple des cotes d’Afrique de l’Ouest

Il en resulte trois scenarios (<>, <> et <>) dessinant les futurs possibles des zones cotieres. Ces hypotheses sont toutes basees sur les conditions climatiques les plus defavorables pour l’avenir, telles que predites par le rapport du GIEC, dit <>, scenario de haute emission de gaz a effet de serre pour lequel les impacts du changement climatique et de la hausse du niveau des mers sont exacerbes.

Map of West AFrica.
Google Maps

Nous avons applique notre modele conceptuel aux zones cotieres d’Afrique de l’Ouest – c’est-a-dire les pays allant de la Mauritanie au , en passant par les iles du Cap Vert et Sao Tome et Principe. Il existe en effet peu d’etudes presentant les menaces cotieres a venir dans cette region peu documentee scientifiquement et ou le besoin de planification et de regulation est grand pour anticiper et reduire les risques futurs.

Ici, les activites economiques et l’urbanisation se concentrent le long du littoral, generant des pressions multiples sur les ressources, des tensions aigues entre les utilisateurs, la degradation des ecosystemes et des ressources marines et la vulnerabilite des zones cotieres.

Par exemple, 80 % environ des economies des pays du golfe de Guinee – Cote d’Ivoire, Ghana, Togo, Benin, Nigeria – se realise sur la bande cotiere, ou la population augmente, en particulier via les grands ports en eaux profondes. Ces mecanismes rendent ces zones particulierement vulnerables et exposees.

La degradation du littoral se manifeste par l’epuisement des ressources halieutiques, la pollution, les inondations et l’erosion cotiere. Par exemple, le recul du trait de cote peut atteindre jusqu’a la dizaine de metres par an sur certains secteurs urbains de Cotonou au Benin. Les eaux de la lagune cotiere de Nokue, egalement dans la zone urbaine de Cotonou, sont soumises a des contaminations periodiques de plus en plus frequentes.

Cote de Saint Louis, Senegal.
IRD, Author provided

Scenario 1 : continuer comme si de rien n’etait

Dans ce scenario que nous avons appele <>, les tendances actuelles se poursuivent le long de la cote, avec une augmentation de la population, des activites economiques et du developpement des infrastructures, ainsi qu’une faible gouvernance et une mauvaise mise en oeuvre des politiques.

Des developpements majeurs tels que le deploiement et l’expansion de nouveaux ports, l’exploitation des ressources, l’extraction non reglementee des eaux souterraines, l’expansion urbaine, la construction de barrages en amont et d’autres projets, sont mis en oeuvre sans evaluation de l’impact environnemental et social.

Dans ce scenario, il y aurait un enorme declin des ecosystemes et de leurs services.

L’exploitation continue des ressources cotieres entraine des inondations et une aggravation de l’erosion cotiere, une plus grande vulnerabilite de la flore et de la faune, ainsi que la degradation et la destruction de leurs habitats.

En l’absence d’adaptation, l’elevation du niveau de la mer et l’augmentation de l’intensite et de la frequence des evenements extremes lies au niveau de la mer, combinees aux tendances en matiere de developpement cotier, amplifient les dommages annuels attendus des inondations.

Les systemes de protection du littoral dans les villes et les regions densement peuplees, comme a Lagos au Nigeria, reduiraient les dommages attendus et seraient relativement rentables ; ils seraient toutefois inabordables pour les zones rurales et les zones pauvres, ce qui les rendrait vulnerables.

Les processus cotiers et les changements d’affectation des sols qui y sont associes se derouleraient comme si de rien n’etait, creant un risque eleve et une grande vulnerabilite aux inondations, a l’erosion et a la pollution pour les populations pauvres et non protegees.

Le long de la Langue de Barbarie au Senegal, plus de 800 metres de rivage ont ete perdus en dix ans.
IRD, Author provided

Scenario 2 : sur la defensive

Le contexte global de ce second scenario est identique au precedent, avec une approche reactive face aux bouleversements environnementaux.

Par exemple, les structures de protection cotiere – telles que les digues, les barrieres anti-tempete et les remblais – sont tres repandues et assurent la securite dans de nombreuses villes cotieres et deltas d’Afrique de l’Ouest, comme a Dakar (Senegal), Lome (Togo) ou Keta (Ghana).

Bien que ces structures visent a proteger les activites humaines, elles auront un impact negatif sur les interets economiques, la sante des communautes et le bien-etre qui dependent des biens ecologiques. Ceux-ci concernent l’ecotourisme, les loisirs et la peche, l’air pur et l’eau douce.

Sont egalement affectes negativement les services ecologiques tels que la purification de l’air et de l’eau, le maintien de la biodiversite, la decomposition des dechets, la generation et le renouvellement des sols et de la vegetation, la recharge des nappes phreatiques, l’attenuation des gaz a effet de serre et l’esthetique des paysages.

Dans ce scenario, les structures de protection du littoral sont privilegiees dans les zones a forte valeur socio-economique. Les zones plus pauvres recoivent, elles, moins de protection, entrainant des inegalites qui pourraient accroitre les tensions politiques et sociales. Avec l’elevation continue du niveau de la mer, la hauteur des structures de protection cotiere est revue elle aussi a la hausse, ce qui peut s’averer inabordable et inefficace.

Car meme avec des structures bien concues, le risque d’effets eventuellement catastrophiques en cas de defaillance ne peut etre exclu.

Si les structures en dur le long de la cote peuvent servir a proteger les zones urbaines, elles peuvent aussi entrainer la perte d’une proportion beaucoup plus importante des ecosystemes. Cela peut a son tour rendre les communautes vulnerables a des evenements indesirables tels que les inondations, les surcharges oceaniques, la pollution, l’eutrophisation cotiere et l’intrusion saline.

Dans le contexte du changement climatique en cours, certains de ces phenomenes peuvent depasser un seuil crucial.


L’erosion cotiere vue de l’espace (IRD).

Scenario 3 : le primat d’un environnement de qualite

Dans ce dernier scenario, les efforts des gouvernements visent a encourager la conservation de l’environnement, les energies vertes et une planification efficace de l’utilisation des terres.

Les politiques fondees sur les ecosystemes sont renforcees, les principes de l’ecotourisme sont soutenus et les lois et reglementations environnementales sont promulguees et respectees.

Une plus grande confiance est accordee au developpement de l’ingenierie environnementale, des technologies respectueuses du climat et de l’energie, ainsi qu’aux nouveaux modes d’exploitation agricole qui integrent les services ecosystemiques d’approvisionnement, de regulation et de culture. Ici, le rythme de la croissance demographique et du developpement economique est entierement determine par la qualite de l’environnement.

Face a l’elevation du niveau de la mer (et aux tempetes et vagues extremes qui peuvent accroitre les risques), les systemes cotiers naturels ne sont pas passifs, ils reagissent en s’adaptant aux nouvelles configurations.

En outre, la restauration d’ecosystemes cotiers tels que les mangroves ou les marais littoraux permet d’attenuer le changement climatique en augmentant l’absorption et le stockage du carbone d’environ 0,5 % des emissions mondiales actuelles par an.

Dans ce scenario, l’amelioration des technologies favorise le developpement de la production d’energie marine renouvelable (bleue), le transport maritime ecologique et la protection des ecosystemes cotiers riches en carbone.

L’avenir s’eclaircit neanmoins en considerant les initiatives menees actuellement de maniere concertee a l’echelle de l’Afrique de l’Ouest : citons l’initiative de la Mission d’observation du littoral ouest-africain de l’UEMOA, l’initiative WACA de la Banque mondiale et le projet pour une gestion integree du delta de la Volta initie par l’Universite de Cape Coast qui oeuvrent pour davantage de collaboration sur ces problematiques.

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