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Israel : le lourd heritage de Benyamin Netanyahou

Le 36e gouvernement de l’histoire d’Israel vient d’etre approuve, avec la plus faible des marges, par 60 deputes de la Knesset contre 59.

Le nouveau premier ministre est le chef du parti national-religieux Yamina, Naftali Bennett. Cet ancien commandant d’une unite d’elite de l’armee, tres religieux et entrepreneur a succes dans le domaine des technologies de pointe a ete contraint de former un gouvernement d’union avec le centriste Yair Lapid, chef du deuxieme plus grand parti d’Israel, Yesh Atid.

Il est prevu dans l’accord passe entre ces formations que Lapid deviendra premier ministre en 2023. Les autres partenaires de la coalition sont deux partis de gauche, Meretz et le parti travailliste ; deux partis de droite, Tikva Hadasha (<>) et Israel Beiteinu (<>), ainsi que le parti centriste Bleu et Blanc de Benny Gantz.

A cet assemblage tres heterogene au niveau ideologique s’ajoute la Liste arabe unie (Ra’am), dirigee par Mansour Abbas. Ce dernier est ainsi devenu, conformement a son plan strategique, le premier chef de parti arabe a entrer dans un gouvernement israelien.

Mansour Abbas (a droite) en conversation avec Naftali Bennett a la Knesset, le 13 juin 2021.
Emmanuel Dunand/AFP

Sa decision signifie que de nombreux Israeliens arabes preferent se concentrer sur les priorites nationales, telles que la reduction de la criminalite et l’obtention retrospective de permis legalisant des constructions illegales dans les villes arabes, plutot que sur le nationalisme palestinien.

Les grands perdants sont les partis ultra-orthodoxes. Pour la premiere fois depuis de nombreuses annees, ils se retrouvent hors du gouvernement, deconnectes de la source de financement public qui alimente depuis longtemps leurs instituts religieux et educatifs.

Les defis du nouveau gouvernement

Les huit partis formant le gouvernement n’avaient qu’une seule chose en commun : leur determination a evincer le premier ministre ayant detenu ce poste plus que quiconque depuis la creation de l’Etat d’Israel, le charismatique Benyamin <> Netanyahou.

Chef du parti de droite Likoud, Benyamin Netanyahou a ete le visage d’Israel au cours des douze dernieres annees, ainsi que lors de son premier passage au poste de premier ministre de 1996 a 1999. Celebre pour ses tours de passe-passe politiques et ses habiles manoeuvres pour former des coalitions, il a fini par perdre la confiance de la quasi-totalite des acteurs politiques. Nombre de ses anciens allies ont participe a son eviction.

Ce nouveau gouvernement heterogene devra maintenant apporter des changements, et il devra le faire rapidement. Une nouvelle flambee des tensions avec le Hamas, designe comme organisation terroriste par de nombreux pays, est probable. Un budget doit etre approuve rapidement, apres deux annees sans budget. Et Netanyahou ne peut plus etre blame si le gouvernement ne tient pas ses promesses.

L’ensemble complexe d’accords de coalition signes entre les partis signifie que le gouvernement concentrera tres probablement son attention sur les questions interieures et evitera de prendre des initiatives majeures sur des sujets qui divisent, comme la question palestinienne. L’une des taches essentielles sera d’apaiser les tensions sociales qui ont refait surface en Israel ces dernieres annees, divisant Arabes et Juifs, laics et religieux, gauche et droite.

La coalition doit trouver un moyen de travailler efficacement. Dans le cas contraire, elle risque de s’effondrer rapidement. Le leader de l’opposition officielle, Benyamin Netanyahou, a fait savoir qu’il ne comptait pas quitter la politique et qu’il allait travailler sans relache pour evincer le nouveau gouvernement.

Mais Netanyahou pourrait bien etre contraint de s’effacer, car il risque une peine de prison ferme. Il fait l’objet de plusieurs actes d’accusation pour corruption, fraude et abus de confiance. Son proces pourrait durer des annees, et a ete la principale motivation de ses tentatives presque desesperees de se maintenir au pouvoir. Bon nombre d’electeurs se sont mobilises contre lui parce qu’il est considere comme corrompu et decadent.

Vers de nouveaux traites de paix dans la region ?

A Washington, le depart de Netanyahou a sans doute donne lieu a un soupir de soulagement. Le premier ministre sortant s’est mis a dos l’ancien president americain Barack Obama en raison de la volonte de ce dernier de signer l’accord nucleaire de 2015 avec l’Iran. Le president actuel, Joe Biden, a ete l’un des premiers a appeler Bennett, signe que les Etats-Unis esperent avoir plus d’influence sur le nouveau gouvernement.

Netanyahou laisse en heritage a ses successeurs d’indeniables succes diplomatiques, economiques et politiques, mais aussi les effets d’une strategie deliberee visant a monter les Israeliens les uns contre les autres, exacerbant ainsi des clivages internes durables.

Sous sa ferule, Israel est devenu un leader mondial dans la lutte contre la pandemie de Covid-19. S’appuyant sur ses liens personnels avec le PDG de Pfizer, Netanyahou a mobilise le systeme de sante pour vacciner la quasi-totalite de la population adulte d’Israel en un temps record.

Grace a sa relation etroite avec l’ancien president americain Donald Trump, il a egalement orchestre le demenagement de l’ambassade des Etats-Unis a Jerusalem, consolidant ainsi le statut de la ville en tant que capitale d’Israel.

Netanyahou a maintenu une position ferme et intransigeante sur la question de l’accession de l’Iran a l’arme nucleaire, ce qui a aide Israel a obtenir les accords d’Abraham – les fameux traites de paix avec quatre pays musulmans. Israel a egalement entrepris un discret rapprochement avec l’Arabie saoudite, le chef de file du camp anti-iranien.

Au final, a l’issue du regne de Netanyahou, Israel jouit d’un statut renforce dans la region et d’une economie prospere.

La gestion du conflit avec les Palestiniens

Le bilan de Netanyahou dans le domaine de la relation avec les Palestiniens est beaucoup plus discutable. Il est arrive au pouvoir apres l’assassinat du premier ministre travailliste Yitzhak Rabin en 1994, et a effectivement rompu avec les accords de paix d’Oslo signes par Rabin avec les dirigeants palestiniens, sans pour autant les denoncer completement.

Rappelons qu’il a ete elu, en 1996, dans un contexte marque par une recrudescence des attentats commis par le Hamas et le Djihad islamique palestinien, avec l’engagement de ralentir le retrait d’Israel des territoires de Cisjordanie. Il a egalement donne satisfaction a sa base electorale en poursuivant l’expansion des colonies dans cette zone contestee, en depit de l’opposition de nombreux membres de la communaute internationale.

Le premier ministre israelien Benyamin Netanyahou rencontre les chefs des autorites des colonies israeliennes dans la colonie d’Alon Shvut, dans le bloc de Gush Etzion, en Cisjordanie, le 19 novembre 2019.
Menahem Kahana/AFP

Au cours des douze dernieres annees, Netanyahou s’est surtout employe a gerer – et non a resoudre – le conflit. Son approche de la solution a deux Etats a ete au mieux ambigue, meme s’il a montre une certaine volonte de faire des concessions lors des pourparlers menes par les Etats-Unis en 2014. Tenter d’apaiser le Hamas en lui permettant d’obtenir de l’argent provenant du Qatar – illustration de son approche de gestionnaire – s’est retourne contre lui de maniere spectaculaire lors de la derniere guerre avec Gaza.

Netanyahou a donc ete ecarte du pouvoir – du moins pour le moment. Le gouvernement Bennett-Lapid ne devrait pas beaucoup s’ecarter des politiques etrangeres israeliennes qu’il avait mises en oeuvre. Les operations strategiques d’Israel contre l’Iran vont sans doute se poursuivre.

En ce qui concerne les Palestiniens, il ne faut attendre d’avancees notables tant qu’un autre dirigeant de longue date n’aura pas ete evince, a savoir le president de l’Autorite palestinienne Mahmoud Abbas, age de 86 ans, qui est de plus en plus considere comme corrompu et incapable d’exercer correctement ses fonctions.

Le nouveau gouvernement repose sur des bases fragiles. Tous ses participants savent qu’un seul d’entre eux peut faire tomber le gouvernement. Mais personne n’a envie de se lancer dans de nouvelles elections ; les membres de la coalition y auraient trop a perdre. Il semble que, au moins pour les douze prochains mois, Israel aura enfin un gouvernement.

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